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Un peu de vocabulaire musical de 1872

 

A la fois amusants et instructifs, voici quelques extraits du “Dictionnaire de musique théorique et historique. Cinquième édition revue, corrigée, considérablement augmentée, par Léon et Marie Escudier” (éd. Dentu et Escudier, Paris, 1872; 508 pp). Nous avons groupé ces extraits par thèmes, et ajouté les sous-titres.

On se rappellera que l’harmonica peut aussi être un instrument à clavier, tout comme l’épinette. L’harmonica de bois est notre violon de paille wallon.

                         M.B.

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Harmonica et accordéon

Harmoniflûte ou accordéon-piano : construit en 1852, par Boulon, de Paris. Cet instrument offrait la réunion de l’accordéon et du piano. On donne également ce nom à un orgue à cylindre et à tuyaux construit en 1853 par Corvi. 

Harmonica de bois : instrument importé en France par Gusikoff, en 1831. Il se composait d’une série de barres de bois d’une égale grosseur, qu’il plaçait sur des petits rouleaux de paille, et il obtenait de ces barres des tons d’une netteté et d’une sonorité remarquables.

Harmonica de bouche : aussitôt que le physharmonica de Haechl eut paru, un aubergiste de Bade, s’empara de l’idée principale, et construisit le moult-harmonica, qui n’était alors qu’une pièce ronde contenant trois languettes, et donnant la tonique, la tierce et la quinte par l’aspiration et la respiration; plus tard, l’inventeur y ajouta l’octave.

Accordéon : (...) cet instrument fut inventé en Allemagne en 1832 par un aubergiste des environs de Vienne, qui le premier, imagina un harmonica de bouche, composé de petites lames de métal perpendiculaires, au moyen desquelles on obtenait quelques accords en soufflant et en aspirant; plus tard, on renferma ces lames ou anches libres dans une petite caisse. On y adapta une soufflerie pour agiter les lames et un clavier pour laisser l’air s’introduire sous telle ou telle lame, et donner la note voulue.

Physharmonica : petit instrument à anches libres, imaginé à Vienne, par le facteur Hackel, en 1818.

Ærephone : espèce de physharmonica imaginée par Dietz, en 1828, ayant une table d’harmonie voûtée dans laquelle il plaçait les lames vibrantes.

Harmonica : instrument de musique, d’origine allemande, qui consistait d’abord en une certaine quantité de verres inégalement remplis d’eau et placés par demi-tons, dans une caisse. Ces instruments produisent sur les sens un effet en quelque sorte magnétique. L’harmonica donnait des sons mélodieux lorsqu’on trempait les doigts dans l’eau et qu’on les passait légèrement sur le bord des verres après l’avoir humecté avec une éponge mouillée. Le degré de perfectionnement auquel cet instrument est arrivé aujourd’hui, doit être attribué surtout au célèbre Franklin. C’est à Paris qu’on le fit connaître pour la première fois en 1765. Les derniers perfectionnements sont de MM.Lenormand, Chladni et Dietz; celui du premier consiste à placer des lames de verre de différentes dimensions par demi-tons, et à les frapper avec un petit marteau de liège enveloppé de taffetas.

Harmonica à clavier : cet instrument construit par Nicolaï, en 1765, était fort remarquable par sa pression et les moyens mécaniques employés à le faire fonctionner.

Harmonica à cordes : instrument à clavier inventé en 1788, par Stein. Cet harmonica consiste dans un excellent piano, accordé et uni avec une espèce d’épinette qu’on peut jouer seule ou conjointement avec le piano. Cette union produisait un effet agréable.

Harmonica à touches : instrument construit par Klein, professeur à Saint-Pétersbourg, en 1798. Il consistait dans une grande caisse traversée dans sa longueur par une verge où se trouvait fixée une série de cylindres de verre, au nomnre de 48, allant en diminuant chacun de grandeur; sur le devant règnait un clavier, dont les touches correspondaient à des tiges qui approchaient des cylindres par la pression de la touche.

Harmonica-accordéon à bouche : perfectionné et imaginé en 1836, par Paris, de Dijon.

Harmonica double : cet instrument était composé d’une caisse de deux pieds de longueur, et dont la hauteur était en rapport avec les petites cloches de verre ou de métal qu’elle contenait : on faisait résonner ces cloches au moyen d’un archet de violon, dont les crins étaient enduits de colophane ou de térébenthine, ou de savon.

Harmonica métallique : construit en 1827, par Candide Buffet, c’était ce que l’on nomma plus tard accordéon.

Harmonica météorologique : inventé en 1765 par J. César Gattoni, à Rome. Il fit attacher quinze fils de différentes grosseurs à une tour très élevée, et forma ainsi une espèce de harpe gigantesque, qui allait jusqu’au troisième étage de sa maison, vis-à-vis de la tour; elle était accordée de manière à pouvoir exécuter de petites sonates. Le tout réussit à merveille. Mais l’influence des vicissitudes atmosphériques et d’autres circonstances rendirent sans effet cette découverte; l’abbé Gatoni ne se servit de cet instrument que pour faire des observations météorologiques, et pour prédire avec ses sons harmonieux les divers changements de l’atmosphère.

Polka : espèce d’accordéon perfectionné.

Vermillon : ancien instrument composé de huit à dix verres choisis d’après l’échelle diatonique, ou bien accordés d’après cette même échelle, en les remplissant d’eau. On pose cet instrument sur une planche recouverte de drap, et on en joue avec un petit bâton également enveloppé de drap. C’est ce qu’on nomme aussi harmonica. On a fait plusieurs combinaisons d’instruments dans lesquels le son est produit par le verre mis en vibration. Le son ainsi produit, ne manque pas de charme, et on pourrait employer plus fréquemment, quoique avec modération, ces sortes d’instruments, qui donnent quelquefois un cachet particulier à la mélodie.

Mélophone : instrument inventé par Leclerc, horloger, en 1837. C’était un grand accordéon ressemblant pour la forme à une épaisse guitare. Contenant un double soufflet mis en action au moyen d’une longue verge, les registres étaient couverts par des fils correspondant à des boutons adaptés le long du manche de l’instrument.

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Cornemuses

Loure : nom que l’on donnait anciennement à une espèce de cornemuse.

Ranz des vaches : c’est un air bucolique, sans art, grossier quelquefois, que les bouviers de la Suisse jouent avec délices sur la cornemuse, en menant paître leurs vaches sur les rochers, où ils sont nés ainsi qu’elles. Cet air est devenu fameux, européen même par les effets sympathiques qu’il exerçait sur les montagnards helvétiques, au temps de l’âge d’or de l’Helvétie, il y a un peu plus d’un demi-siècle. Dans les régiments suisses à la solde de la France, sitôt que la cornemuse s’enflait pour jouer cet air, une douce joie brillait dans les yeux de ces fiers soldats; mais ils n’entendaient pas plus tôt ses sons rustiques et si connus que répétèrent si souvent les échos de leurs montagnes, que la patrie, leurs châlets, leurs rochers, leur enfance, leurs soeurs, leurs vieux pères, leurs fiancées, se reflétaient dans leur âme avec tant de vivacité, qu’une mélancolie profonde succédait à cette première joie. La plupart d’entre eux n’y pouvaient résister. Les uns désertaient, d’autres tombaient dans une langueur incurable, et beaucoup mouraient. Dès lors le code militaire défendit de jouer cet air, sous peine de mort.

Sourdeline : espèce de musette italienne garnie de quatre chalumeaux qu’on peut ouvrir ou fermer à volonté.

Walnica : chalumeau en usage parmi les paysans de la Russie, qui consiste en une vessie de boeuf, où l’on place deux ou trois roseaux.

Cordes

Crouth : espèce de rebec. Il y en existait de deux espèces, le crouth trihant ou à trois cordes et le crouth à six cordes réputé plus noble que le premier. Le barde Ed. Tones en donne la description dans ses écrits : “Un joli coffre, avec un archet, un lion, une touche, un chevalet. Il a la tête arrondie comme la courbe d’une roue et le renflement de son dos est semblable à celui d’un vieillard. Six chevilles pour tendre les cordes.”

Microscome musical : mécanisme inventé et construit en 1770, par Triklir, de Dijon, au moyen duquel on pouvait mettre tous les instruments à cordes à l’abri des variations de l’air.

Pantalon : instrument de musique de l’espèce du tympanon, mais beaucoup plus grand, puisqu’il a près de quatre pieds de large. Le pantalon est garni d’un grand nombre de cordes d’acier que l’on touche avec deux petites baguettes de bois.

Racler : terme de mépris, par lequel on désigne la mauvaise manière de jouer d’un instrument, tel que le violon ou la basse, en faisant crier les cordes sous l’archet.

Racleur : musicien qui joue avec dureté du violon ou de la basse.

Piano

Dactylion : instrument à ressort inventé par M.Henri Herz, qui sert à donner plus d’extension à la main, à délier et à fortifier les doigts, à les rendre indépendants les uns des autres, à donner enfin au jeu, cette égalité sans laquelle il n’y a pas de belle exécution sur le piano. L’expérience démontre merveilleusement qu’une heure de leçon par jour avec le dactylion suffit pour améliorer rapidement les progrès des élèves, et contribuer d’une manière sensible à la facilité du jeu chez les artistes eux-mêmes.

Improvisateur mécanique : machine à notation pour les improvisateurs. Cette machine s’adapte au piano, et tout ce que l’on joue sur cet instrument s’imprime en même temps.

Orgues à cylindre

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Componium : sorte d’orgue à cylindre improvisant des variations sur un thème donné. Cet instrument extraordinaire mérita de la part de MM. Blot et Cotel un rapport à l’Institut. Il fut inauguré et exécuté à Amsterdam en 1820, par Winkler, mécanicien hollandais.

Merline : orgue à cylindre, qui sert à siffler les merles et les bouvreuils. Il est plus fort que celui qu’on emploie pour le serin, parce que la voix des bouvreuils et des merles est plus grave.

Serinette : très-petit orgue à cylindre, qui joue des airs sans accompagnement, et qui sert à l’éducation musicale des serins.

Orgue à cylindre : c’est celui qui va par le moyen d’un cylindre, sur lequel on a noté un certain nombre de morceaux de musique avec des pointes. Ces pointes font mouvoir les touches d’un clavier qui leur est approprié. C’est au moyen d’une manivelle tournante que le cylindre se meut et présente successivement, ou simultanément, ses pointes aux touches qui répondent aux tuyaux. Les orgues d’Allemagne, les orgues de Barbarie, dont les chanteurs des rues s’accompagnent, les serinettes, les merlines, sont des orgues à cylindre.

Chanson

Karaklansithyron : chanson que les anciens Grecs chantaient devant la maison de leur fiancée.

Goguette : lieu de réunion où le peuple va boire et chanter.

Légende : ce mot qui signifiait d’abord les versets que l’on récitait dans les leçons des matines, fut donné plus tard aux vies des saints et des martyrs, parce qu’on devait les lire dans les réfectoires et les chanter dans les chapelles des communautés. Des monastères, elles se répandirent parmi les fidèles, enthousiasmèrent leur zèle et le portèrent jusqu’au fanatisme. Tout ce que le peuple avait recueilli dans ses souvenirs ou poétisé dans son imagination trouva sa place dans ces histoires, qui sont la véritable mythologie du christianisme. Les traits d’héroïsme chrétien qu’on y trouve racontés avec une simple naïveté, parés du prestige de la poésie et de la musique, réchauffèrent la foi et la charité. Si l’histoire en a rejeté la plupart comme monuments apocryphes, elle leur doit à toutes profond respect et vive reconnaissance.

Nunnie : chez les Grecs on appelait nunnie la chanson particulière aux nourrices.

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Danse

Passe-pied : air d’une danse du même nom dont la mesure était à trois temps. Cet air n’est pas en usage.

Rats de ballet : ce sont de petites femmes qui agitent les jambes, qui élèvent les bras et font à peu près quelque chose qui ressemble à de la danse. Le rat est élève de l’école de danse, et si on l’a ainsi nommé, c’est probablement parce qu’il est l’enfant de la maison, qu’il y vit, qu’il y grignote; parce qu’il ronge et égratigne les décorations, éraille et troue les costumes et commet une foule de dommages inconnus.

Tarentisme : le tarentisme est le nom de la maladie singulière attribuée à la piqûre de cet insecte, espèce d’araignée qui se trouve en Italie, et particulièrement dans la Pouille. Le charlatanisme qui pénètre partout, a voulu faire de la musique un remède universel. C’est à ce charlatanisme qu’il faut attribuer la fable de l’efficacité de la musique contre la morsure de la tarentule.

Baglivi, célèbre docteur italien, parle d’une femme mordue par la tarentule. Elle fut mordue dans une cave, mais elle ne sentit pas cette morsure à l’instant, et elle revint chez elle sans s’en être aperçue. L’après-midi, il lui vint à la jambe une petite tumeur, grosse comme une lentille, accompagnée de défaillance. Elle se jeta sur un lit et commença à trembler si fort, que deux hommes vigoureux pouvaient à peine la tenir. Elle sentit ensuite des douleurs aux pieds et aux mains. On alla chercher un médecin qui fit ouvrir la tumeur et employa quelques emplâtres; ce remède ne produisit aucun effet. Les parents, soupçonnant d’abord que leur fille avait été mordue de la tarentule, envoyèrent chercher des musiciens. Ceux-ci essayèrent d’abord deux ou trois airs sans le moindre résultat; mais au quatrième, la malade parut attentive. Ensuite elle commença à danser d’une manière si extravagante et avec tant de vigueur et de rapidité, qu’elle fut bientôt délivrée de tout mal. Depuis cette guérison, ajoute Baglivi, elle jouissait de la meilleure santé.

Malgré l’opinion de Baglivi et d’un grand nombre d’auteurs anciens qui ont écrit sur le tarentisme, on ne croit plus maintenant à l’origine de cette maladie. L’opinion actuelle des médecins est tout en faveur de l’innocuité de la piqûre de la tarentule.

Divers

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Croque-Note : nom qu’on donne par dérision à ces musiciens ineptes qui, versés dans la combinaison des notes, et en état de rendre à livre ouvert les compositions les plus difficiles, exécutent au surplus sans sentiment, sans expression, sans goût. Un croque-note, rendant plutôt les sons que les phrases, lit la musique la plus expressive sans y rien comprendre, comme un maître d’école pourrait lire un chef- d’oeuvre d’éloquence écrit avec les caractères de sa langue, dans une langue qu’il n’entendrait pas.

Imperfection : c’était, dans l’ancienne musique, la soustraction de la troisième partie de la valeur d’une note.

Pont-Neuf : on appelle ainsi de petits airs et même de simples refrains gothiques, sans mesure, sans rythme, d’une modulation triviale et vulgaire. Les ponts-neufs ont été quelquefois admis à l’Opéra-Comique, et l’on a applaudi avec transport Toto Carabo, Au clair de la lune, Malboroug, Ah! vous dirai-je, maman, que quelques compositeurs ont daigné mêler à leurs périodes harmonieuses. Le peuple parisien cria au miracle. Mais les connaisseurs ne tolèrent ces sortes d’emprunts que quand un travail harmonique, élégant et pur, un dessin hardi vient leur servir d’excuse.

Quolibet : on entendait autrefois par ce mot des morceaux de musique d’un caractère comique et trivial. Ainsi, par exemple, on unissait deux voix, dont l’une chantait des paroles tout à fait différentes de celles que chantait l’autre. Un tel ensemble produisait des jeux de mots ridicules. Aujourd’hui on donne aussi ce nom à un centon musical.

Régleur : ouvrier qui trace les portées sur le papier pour écrire la musique.

Routinier : on donne ce nom aux ménétriers de village et aux acteurs d’opéra qui, sans avoir appris la musique, et guidés seulement par un instinct plus ou moins heureux, parviennent à jouer ou chanter de routine un certain nombre de contredanses et de valses, ou des airs de chant, et même des rôles d’opéra.

Tricbalac : instrument de percussion, composé de deux marteaux qui frappent sur une planchette. On en fait usage à Naples pour accompagner les chants de Pulcinella.

Composition musicale : pris dans un sens général, ce mot exprime l’art d’inventer et d’écrire des chants, de les accompagner d’une bonne harmonie, de faire, en un mot, une pièce complète de musique avec toutes ses parties. C’est donc l’invention, la puissance créatrice qui constituent le compositeur de génie. Ayez des idées neuves, parez-les de formes séduisantes, trouvez des mélodies simples, gracieuses, tendres et passionnées; offrez aux sens, à l’intelligence et au coeur une brillante série de tableaux, d’images et de sentiments; à ces conditions vous prendrez rang parmi les génies créateurs; la foule répétera vos chants, et votre nom deviendra populaire. Mais si, au lieu de toutes ces qualités, vous n’avez à votre disposition que des lieux communs, des banalités musicales, de ces phrases toutes faites qui ont couru dans toutes les partitions; si vous ne sentez en vous le souffle poétique, cette harmonie instinctive, ce démon musical qui fait pressentir des oeuvres grandes et belles, croyez-nous, n’abordez pas la carrière de la composition :

Soyez plutôt maçon, si c’est votre métier.

On nait compositeur, comme on naît poète. En musique, comme en poésie, les connaissances les plus étendues ne sauraient remplacer le génie. Une composition musicale vraiment distinguée, suppose le développement et l’exercice des plus hautes facultés intellectuelles; elle exige à la fois de l’esprit, de l’âme et du goût; l’esprit qui crée et invente, l’âme qui s’émeut et se passionne, le goût qui choisit et dispose dans un ordre convenable les idées, les images. Tous les grands maîtres ont possédé à un degré éminent ces diverses facultés (...)

Ajoutons, pour prolonger humoristiquement cette liste, une harmoniscribe décrite dans le “Catalogue d’objets introuvables” de Carelman, paru chez Balland en 1976.

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