L’année dernière, comme tous les ans, nous sommes allés en début d’année acheter nos graines pour le potager. Pour cela, nous avons la chance d’avoir près de chez nous, à Jodoigne, le potager du Gailleroux.
C’est un lieu de permaculture, de production de graines, de plants mais aussi de formation.
Pour les danseurs-semeurs qui veulent en savoir plus : www.lepotagerdugailleroux.com/
Des graines de courges gourdes, une drôle d’idée ?
A côté des semences habituelles : choux, laitues, haricots, carottes…certaines attisent bien souvent notre curiosité. En 2024, nous avons découvert le brocoli rave (au goût un peu spécial tout de même…) et…les courges gourdes.
La description sur le sachet a fini de nous convaincre :
« La gourde ou calebasse pèlerine est une cucurbitacée intéressante pour créer des bols, cuillères et des gourdes. »
Si, en plus, on peut faire de l’utilitaire, pas d’hésitation, nous allions expérimenter ça !
Mais ce n’est pas tout…cette idée de calebasse nous rappelait le Burkina Faso, où nous avons laissé une partie de notre cœur. Là-bas, et en Afrique de l’ouest en général, la calebasse est aussi utilisée pour fabriquer différents instruments de musique : balafons, maracas..
Nous avons ramené quelques exemplaires :
Des références en musique.

Emilien Sanou, malheureusement décédé, était un grand percussionniste. D’origine burkinabé, il habitait en Belgique. Il jouait merveilleusement bien du balafon. Il se produisait avec un groupe de musique traditionnelle mais également avec une formation afro jazz.
Un autre musicien, Octave Komlan, originaire du Togo, donne des cours de calebasse à Muziekpublique. D’après lui, apprendre à jouer de la calebasse est une bonne entrée en matière pour aborder la percussion. La calebasse donne des sons graves ou aigus selon la façon dont on la frappe. C’est également un instrument au prix abordable. Pour plus d’informations, voici le lien: muziekpublique.be/lessons/calebasse/
Opération semis…
Nous avons donc semé nos graines de courges gourdes comme les autres cucurbitacées et les avons installées confortablement, au chaud, près de la verrière. Bien curieux de découvrir ce que ça allait donner. Les premières pousses sont apparues, difficiles à distinguer des autres cucurbitacées d’ailleurs.
…et plantation.
Comme le savent tous les jardiniers, il faut attendre que les saints de glace soient passés avant de transplanter les courges.
Quelques semaines après la plantation, les premières fleurs sont apparues. Et puis les fruits. D’abord par terre…et puis la plante a grimpé sur l’arbre tout proche (un frêne) qui a fini par ressembler à un arbre à calebasses !
La récolte.
Nous les avons récoltées avant l’arrivée du froid comme conseillé. Nous étions un peu perplexes car elles semblaient moisies…mais il s’avère que c’est normal.
Il faut les nettoyer en les brossant soigneusement et les laisser sécher plusieurs mois. Elles deviennent alors dures comme du bois et peuvent être utilisées de toutes les façons.
Paysan luthier, un métier traditionnel oublié en Europe.
Pour nous, c’était une première expérience mais nous avons découvert, dans cet article ci-dessous de Reporterre, qu’il existe des « artisans luthiers » en Europe, comme Jérôme Désigaud dans le Tarn. reporterre.net/Paysan-luthier-il-transforme-les-citrouilles-en-instruments-de-musique
Cet artisan cultive depuis plus de quinze ans des courges pour en faire des instruments de musique. Cela lui permet d’éviter l’usage de bois exotiques. Par ailleurs, il récupère les graines pour assurer le circuit court. S’il a besoin de bois, bien évidemment il utilise des essences locales.
Il choisit la variété de courge en fonction de l’instrument à fabriquer : les courges serpents pour les hautbois par exemple. Jérôme Désignaud produit environ huit instruments par an et répond à des commandes dans toute la région.
L’article de Reporterre nous apprend que cette tradition existait donc en Europe. Mais elle était oubliée. D’ailleurs, comme le dit l’article, Jérôme Désigaud ne se considère pas comme un inventeur, mais plutôt comme « l’héritier d’une tradition occitane ». Il dit s’inspirer de la culture populaire liée au monde agricole. « Autrefois, les paysans fabriquaient des instruments et les utilisaient pour une musique fonctionnelle, par exemple pour se synchroniser lorsqu’ils battaient le blé. ».
Le nom occitan de ces cucurbitacées au ventre dodu et à la carapace verte, cougourdon, est déjà musical.
Et en folk ?
Connaissez-vous le groupe Bamako express ? C’est un super groupe composé de deux anversois et de deux maliens : un beau mélange de musique folk européenne et de musique d’Afrique de l’ouest.
Découvrez-les sur facebook : www.facebook.com/bamako.express.band/
L’un des musiciens de ce groupe joue du balafon et, au vu du succès rencontré dans les différents bals folk, nous pouvons témoigner que cet instrument s’intègre vraiment bien parmi les plus « classiques » en folk. Et tout cela dans une belle harmonie multiculturelle. Côté danseurs, difficile de résister : c’est trop tentant de se lancer dans quelques pas de danse africaine !
Si vous faites partie d’un groupe ou en connaissez qui utilise des calebasses en folk, n’hésitez pas à en informer le Canard folk.
Quant à nous, nous sommes disponibles pour un échange d’expériences à propos de la culture des courges gourdes…que nous retentons d’ailleurs cette année, pendant que les précédentes sèchent encore tranquillement.
Voyez aussi ce lien : Canard calebasse farci aux huit trésors – La cuisine de Julie
Nicole Nissen et Robert Kohlman